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Les Derniers moments de Michel
Lepeletier de Jacques-Louis David |
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Tardieu contre David Tardieu (Pierre-Alexandre) graveur Paris 1756-1844 Fils
du planeur Pierre-Joseph, cousin de Jacques Nicolas et son élève et
celui de J G Wille, il a surtout gravé le portrait et montre dans ce
genre un remarquable talent. Il obtint une médaille au Salon de 1808 et
fut décoré de la Légion d’Honneur en 1822. La même année, il fut décoré
membre de l’Institut en remplacement de Béryle. Il forma de nombreux
élèves parmi lesquels Desnoyers, Bertonnier et Aubert. Le musée de
valence conserve de lui La Vérité et L’Abondance. Charles Bénézit Puisque
chef d’oeuvre il y a, il importe d’en tenir compte et d’opérer quelques
discrètes corrections qui devraient emporter la conviction visuelle
d’une façon plus instinctive. Et c’est en tenant compte du Marat qu’on
doit réexaminer la qualité documentaire de la gravure inachevée de
Tardieu.
Inachevée parce que force est de constater cet état. Nous sommes loin, par exemple, de la finition (certes contestable, il n’empêche) observée dans une autre gravure de Tardieu (Ruth et Booz de Hersent. B.N. Richelieu AA4). On ne peut nier les qualités de Tardieu, à l’évidence à l’oeuvre dans le Voltaire de Houdon (B.N. Richelieu AA4) où l’espace lumineux que dégage la sculpture est bien maîtrisé. Idem chez l’autre Voltaire de Largillière (B.N. Richelieu AA4).
Donc
Tardieu, bon graveur mais médiocre artiste ou pour le moins artiste
académique. Serviteur de maître de seconde catégorie comme l’est ce
Hersent mentionné plus haut. Inutile de chercher là des effets de
lumière savants ou la rigueur d’une composition de David. Le sujet est
mièvre, il est traité comme tel. En conséquence, la question est la
suivante : Tardieu est-il à la hauteur quand il est chargé de traduire
le Lepeletier de David ? Il est permis d’en douter. Tardieu n’a
pris aucun parti d’éclairage. Alors qu’à cette époque, David recourt à
une luminosité caravagesque comme pour accentuer la dramaturgie de ses
oeuvres, que ce soit à propos du Marat ou du portrait dit du Geôlier.
Nous ne retrouverons plus cette préoccupation dans l’oeuvre ultérieure
de David, elle n’est pas présente auparavant également. Elle correspond
parfaitement à l’atmosphère du moment. Il conviendrait donc de
l’accentuer légèrement pour fixer toute l’intensité lumineuse sur la
tête du personnage puis faire mourir la lumière progressivement vers
les jambes de Lepeletier. - En avons-nous vraiment le droit, dira-t-on ? - Je pense à cette juste remarque d’André Joubin dans son introduction au Journal de Delacroix p.11: J’ai
pris pourtant la liberté de corriger le passage suivant : “T. II,p.
195. [...] parlé de Sainte-Beuve avec peu d’estime : il flatte le pauvre pour se faire une petite fortune et se retirer quand il aura ce qu’il lui faut.” Non, non, ce n’est pas le pauvre mais le pouvoir
que flatte Sainte-Beuve, pour se faire une petite fortune. je
l’affirme, en me conformant aux règles de la critique verbale que
m’enseigna jadis mon maître, l’helléniste Tournier. Roger
Plin nous a enseigné les mêmes principes en s’appuyant sur 1001
exemples d’oeuvres de grands maîtres. C’est respecter David que de ne
pas respecter Tardieu. Que les éventuels critiques veuillent bien
avancer un seul exemple dans l’oeuvre du Maître pour infirmer la
déontologie de notre position. Et quand bien même ni les critiques ni
les historiens d’art ne seraient d’accord avec ce parti pris, sous
prétexte de manquement à une mise en conformité (l’expression exacte
n’existe pas, c’est tout dire). Qu’est-ce que cela prouverait ? Après tout, il est réservé à ceux-là seuls qui savent parler la langue du dessin de critiquer le bien fondé d’un dessin, tout comme nous laisserions le soin à des sinologues experts le soin de douter l’authenticité d’un texte de l’époque des Qin.
Aussi,
pour en revenir aux jambes, nous ne perdons pas grand chose en laissant
ces dernières dans une relative pénombre à l’instar du choix du Maître
qui les a coupées. Revenons également à la composition. Joël Pommot retourne le Marat
pour qu’ainsi, placé à l’envers, l’oeil ne se repose pas sur une
reconnaissance intellectuelle qui l’égare tout en le trompant mais
voit, aperçoit, entend que ce qui l’attire obéit à une loi implacable
de la composition. Une composition aussi ordonnée et intouchable qu’une
toile cubiste. David laisse aller son génie sans rien forcer, tout
vient naturellement chez lui, à la suite d’une maîtrise géniale du
geste. Nous
sommes en présence d’une science mathématique de la peinture. Une
peinture qui s’impose à nous car l’oeil ne s’égare pas. Plus
simplement, on nomme cet effet particulier-là : chef-d’oeuvre.
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