Les Derniers moments de Michel Lepeletier
de Jacques-Louis David
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N. A. C.
(Nouvel Art Contemporain)

    Pour le Conservateur en chef des arts graphiques du Musée du Louvre, M. Régis Michel, le tableau actuel n’est pas une copie. Celle-ci supposerait l’existence d’un original auquel on devrait pouvoir se référer. Or l’oeuvre de David a disparu. Seuls restent à notre connaissance une gravure déchirée de Tardieu, représentant la partie inférieure et principale du tableau ainsi qu’un dessin de Devosges (dont on peut penser qu’il dut satisfaire son maître, David, puisque ce dernier l’autorisa à l’exposer au salon de 1793) représentant le tableau dans sa totalité.

    Ces deux documents, relativement précis, suffisent pour relever la gageure de repeindre l’oeuvre. Relever, comme on a pu le faire des fûts des colonnes de temples grecs que des tremblements de terre avaient mis à bas. Dans ce cas, le néologisme repeindre est un terme approprié, autant que celui de reconstruction.

    En considérant l’oeuvre sous cet angle, M. Régis Michel suggère de lui donner le statut d’une oeuvre contemporaine. Autrement dit de l'agréger au corpus de l’art contemporain.

Elle en a largement le droit, à plusieurs “points de vue” :

- C’est une oeuvre révolutionnaire, au signifiant comme au signifié.
- Elle recèle un aspect onirique qui a l’engouement du public actuel (et même des publics de tous les temps).
- Elle est sous-tendue par un dessin rigoureux qui vient parfaitement s’inscrire dans le regain d’intérêt pour cet art (1)
- Et, puisque dorénavant, on apprécie autant l’oeuvre que le discours sur l’oeuvre, celle-ci est amplement étayée par ce qu’on peut en dire, qui est presque inépuisable.
- Mais là ou elle pourrait susciter l’étonnement du spectateur, c’est par la voie nouvelle qu’elle (re)montre.
- Non ! L’art n’est pas mort encore, même si les sociétés protestantes ont de bonnes raisons de vouloir discréditer l’image. En proclamant la soi-disant mort de l’art, ces sociétés là, toujours éminemment religieuses (quoiqu’elles puissent prétendre ou afficher)(2) cherchent, en fait, à imposer coûte que coûte leur credo religieux mais d’une manière subtilement détournée. L’histoire de l’humanité (et surtout l’histoire des guerres) peut très bien être vue comme une monumentale querelle iconoclaste. En cela, ces propos ne manqueront pas de déclencher l’ire ou le mépris de quelques castes.

    Pourtant à deux siècles de distance, David nous pointe vers où nous devons nous retourner (et non pas retourner). A savoir, vers une peinture qui a un sens, doublé d’une maîtrise du geste proche de la calligraphie. Non pas dans le but de rechercher la forme pour elle-même, comme les académiques (autre nom du pervers) la cultivent mais dans celui de retrouver une peinture qui montre, exprimée avec la plus grande clarté.

On pouvait croire que la Peinture avait disparu. Il n’en est rien. Les Derniers moments de Michel Lepeletier infirment magistralement cette idée.
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(1)v. les articles du Monde ( 19 mars 2007 ) : L’attrait du trait et (24 mars 2007) : Paris, capitale du dessin sur papier.
(2)cf. Weber, Max ( 1990 ). L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Plon. Paris. et Mauss, Marcel (1968) OEuvres. Fonctions sociales du sacré. Ed de Minuit. Paris. ( Pour ce dernier ouvrage, cf. notamment : la théorie des religions, Le sacrifice et La prière et les rites oraux ).


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