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La démarche La démarche risque de surprendre car son but n’est ni rigoureusement défini ni inscrit dans un cadre conventionnel.
Luc Scaccianoce s’est donné pour but depuis bientôt un an, en fait après avoir acheté le catalogue de l’exposition de David, organisé par le musée Jaquemart (cf. bibliographie), à un travail particulier, celui de repeindre — de préférence à restaurer ou ressusciter ou copier — le tableau que J-L David consacra aux Derniers moments de Michel Lepeletier. La qualité des reproductions incluses dans le catalogue l’incita à concrétiser un dessein qu’il avait à l’esprit depuis bien longtemps. Luc Scaccianoce avait déjà eu l’occasion de parler succinctement de la toile dans un ouvrage général (cf. bibliographie de Luc Scaccianoce). Il s’est donc servi de sa position de chercheur pour rassembler un petit groupe d’amis intéressés par le projet et ce, dans le but de rédiger un ouvrage sur Les Derniers moments de Michel Lepeletier. L'étude
Cette étude comprendra :
- une série d'analyses et de publications écrites sur : le rôle historique de Michel Lepeletier l'oeuvre juridique de Michel Lepeletier le projet d’éducation nationale conçu par M. Lepeletier la démarche de cette repeinture le sens de l’œuvre et de cet événement révolutionnaire la portée sémiotique de l'oeuvre la personnalité de Suzanne Lepeletier et le sens de son acte iconoclaste l'emprisonnement de Louis XVI (Introduction au journal de Cléry, valetde chambre de Louis XVI) - une exposition de peintures : reproductions consacrées à la Révolution française et à l'assassinat de Lepeletier- une étude musicale : l'enregistrement de l’Hymne à Lepeletier de Grétry et la musique funèbre de Grossec- une présentation générale du projet : une correspondance avec les personnes ou associations intéressées des photographies de la repeinture (www.studio-dore) un site internetLa seconde partie du projet, celle autour de laquelle s’articule l’étude commentée, c’est la réapparition du tableau, sa REPEINTURE.
Luc Scaccianoce en a donc entrepris la repeinture dès janvier 2006, déjà sous la forme d’un brouillon au 1/3 du format originel. Cette étude qui a nécessité six mois de travail a permis de faire la distinction entre la gravure et le dessin. Ce dernier nous donne seulement une vue d’ensemble de l’œuvre mais ne saurait, en aucun cas, suffire à reconstituer l’original. En revanche, la gravure est assez fiable (v. L’article Tardieu contre David) La réalisation de
l’esquisse au 1/3 du format a également été
nécessaire pour saisir les difficultés à venir. Le Bazar Bonne-Nouvelle La
peinture elle-même surpassait la toile de Marat, déjà profondément
tragique, il faut l’avouer (il y a à cela une raison particulière que
Luc Scaccianoce compte développer dans l’essai mentionné ci-dessus).
Mais surtout, Les Derniers moments de Michel Lepeletier succèdent aux mises au tombeau christique. La composition du tableau est édifiante à cet égard. Les Derniers moments de Michel Lepeletier inaugurent ainsi une longue série de représentations révolutionnaires qui aboutiront à celle de Che Guevara. L’importance
capitale de l’œuvre
On
a du mal, aujourd’hui, à se figurer ce qu’a pu être, pour les hommes du
moment, une telle innovation symbolique. Cependant, sans la fracture
iconographique opérée par David, la Révolution Française n’aurait
certainement pas connu cette ampleur universelle qu’elle a imposée
parce que le peintre brise le sacré pour en faire, précisément un objet
révolutionnaire. En cela, David est certainement l’un des peintres les
plus importants de l’histoire de l’art, comparable en de nombreux
points à Pablo Picasso. Si le sens profond du tableau échappa à son auteur et à ses contemporains, sa portée symbolique dut les frapper de stupeur puisque le tableau fut, dans un premier temps, fixé au-dessus du bureau du président de l’Assemblée Nationale Constituante. Ce n’est qu’à la mort de Marat, quelques mois plus tard, le 13 juillet 1793, et à la réalisation du fameux tableau toujours par l’incontournable David, que Les Derniers moments de Michel Lepeletier furent déplacés pour être mis en pendant du Marat, l’un et l’autre de chaque côté de la salle nationale. Références
iconographiques
Luc
Scaccianoce s’appuie autant sur le tableau de Marat que sur les
reproductions de Lepeletier pour repeindre l’œuvre. La période est au
clair-obscur. Les événements imposent cette conception esthétique.
David y participe dans ces deux œuvres. Affirmation corroborée par une
troisième toile, Le portrait présumé du geôlier de David,
peint pendant le séjour du peintre en prison, 1793-1794, sombres années
qui donneront à l’œuvre de David, cet aspect caravagesque qu’elles
perdront par la suite. Luc Scaccianoce a donc entamé sa démarche
l’esprit pénétré par ces différents paramètres. Il a réalisé
différentes copies (ici le mot convient parfaitement) de David pour
mieux saisir la manière du maître.
Déjà,
à la suite d’un travail de recherche qui s’apparente à la méthode
archéologique, l’œuvre émerge, cent cinquante ans après sa disparition.
Et l’on peut dire avec l’accent poignant d’un André Malraux (hommage à
Jean Moulin) qui n’aurait sans doute pas désavoué ce type de
reconstitution historique : Voilà donc plus de deux cents ans que
Lepeletier partit par un jour de janvier… et aujourd’hui, le fantôme du
Conventionnel régicide se réincarne dans la peinture. Il est là,
agonisant, sublime Christ laïque, disposé par le peintre dans un
équilibre précaire qui semble vouloir se rompre pour rouler sur le
spectateur. Autant Le Marat dénonce le crime, autant Les Derniers moments de Michel Lepeletier nous accusent tous. Le premier est une représentation dulique profane tandis que Lepeletier reprend trait pour trait l’hyperdulie chrétienne. Dieu est bien mort, ici. Héritage
Luc
Scaccianoce semble avoir réussi la gageure de repeindre l’œuvre. A
l’appui de cette prétention, il ne se présente pas les mains novices
devant la tâche à entreprendre. Il a obtenu, en 1973, le Diplôme
Supérieur des Beaux-Arts de Paris, en dessin, sous l’égide de M. Roger
Plin, professeur d’atelier à l’Ecole. Ce maître, ami de Bachelard qui
l’admirait, a dispensé un enseignement capable d’affronter un tel défi.
Si le résultat a quelque validité, aujourd’hui, c’est bien à Roger Plin
que Luc Scaccianoce le doit. Que sa mémoire soit ici honorée à travers
une dédicace posthume de la repeinture! Repeinture
I
Sur
la démarche picturale, il faut préciser qu’il s’agit moins de recopier
des détails, point pour point (encore que le faire soit nécessaire,
bien sûr) que de recréer ce qu’a de si singulier la peinture de David.
En l'occurrence, pour Les Derniers moments de Michel Lepeletier, cet éclairage dont il a déjà été question et qui donne un ton si tragique à ce sujet lui-même tragique. Pour Les Derniers moments de Michel Lepeletier,
il importe de maîtriser une infinie gamme de blancs et de gris qui sont
autant de variations lumineuses imposant un aspect presque surnaturel à
l’œuvre. Cela implique de concevoir une palette très subtile mise au
service d’une vision d’ensemble qui redonne à cette toile une place
esthétique capitale. La grande difficulté, dans cette affaire, est de transcrire la gravure en peinture. Ces deux moyens d’expression étant fort différents, il convient de traduire les hachures en nuances de teintes. C’est la raison pour laquelle Luc Scaccianoce travaille en moyenne 2 à 3 heures par jour. Il ne faut pas moins de temps que cela. Aussi est-on en mesure de dire qu’une année entière sera encore nécessaire pour mener à bien ce projet. Repeinture
II
Cependant,
aujourd’hui le résultat est prometteur, l’esquisse donne déjà une idée
assez impressionnante de ce que pourrait être le résultat final. Il faut redonner à cette œuvre la place qu’elle mérite même si cela passe par un acte singulier et, à vrai dire, pas très orthodoxe en ce qui concerne les critères d’authenticité proprement dits. Entreprise unique, au même titre que l’œuvre originelle et sa disparition car ce qui la distingue d’autres peintures perdues, ce sont les relevés assez exacts qui nous en restent. A ce titre, l’entreprise ne saurait être confondue avec celle d’un faussaire ou d’un pasticheur. Après tout le parlement de Rennes (ou la Fenice de Venise, Lisbonne, etc.) a bien été récemment reconstruit à l’identique depuis son incendie à la fin du siècle dernier. Et l’on parle bien alors de reconstruction, vocable accepté par tous. Dans ce cas pourquoi ne pas octroyer un nouveau terme aux Derniers moments de Michel Lepeletier : celui de repeinture, même si l’unicité de l’œuvre n’est pas généralisable? La personnalité du peintre, celle de son modèle et les circonstances historiques commandent une telle considération. |
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